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Primes de licenciement, doit-on s’en réjouir ?

de : Mengneau Michel
lundi 20 juillet 2009 - 12h25 - Signaler aux modérateurs
4 commentaires
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de Michel MENGNEAU

« On a gagné… ! On a gagné… ! ». Par ci par là on entend monter la clameur de ce slogan. Non, il ne s’agit pas d’un satisfécit après la belle résurrection des Verts de St-Etienne, mais de hourras fêtant un dur combat revendicatif dont on pourrait entendre aussi les cris dans la cité stéphanoise touchée par la désagrégation de l’emploi. Effectivement, le chômage faisant rage un peu partout en France suite à des licenciements économiques très aléatoires, les salariés d’un certain nombre d’usines ont montré leurs déterminations afin d’être un tant soit peu considérés. Considération qui passe par l’octroi d’une prime de licenciement qui, si elle n’est pas un pactole extraordinaire, représente une somme significative dans beaucoup de cas.

En tout état de cause, il faut avouer que parfois, oh surprise !, cela c’est passé sans trop de jérémiades ni menaces. Mais ce sont de rares situations où les choses ne se sont pas envenimées suite aux efforts de quelques chefs d’entreprises ne voulant pas en arriver à certaines extrémités, dans beaucoup d’autres il a fallu taper du poing sur la table, du moins sur le bureau, comme manière d’avertissement. Puis cela ne suffisant pas, passer alors à des méthodes plus, utilisons le mot à la mode, radicales. Quelques patrons retenus au bureau, ce qui pour une fois était vrai contrairement au nombre d’occasions où cela servait d’alibi à des escapades scabreuses, des menaces de faire sauter l’usine furent les arguments de derniers recours à des ouvriers poussés à bout. Gain de cause à été obtenu dans beaucoup de cas après des négociations pour le moins extrêmes…

Les travailleurs qui ont obtenu ainsi un semblant de « juste droit » en tirent naturellement une sorte de fierté d’avoir fait plié un patronat intransigeant. Certes, cela mérite un temps de plaisir à savourer, et lorsque l’on va toucher 30 000 euros par exemple, ça met du beurre dans les épinards et permet d’aller plus loin avec un peu plus de quiétude. Donc cette victoire n’est pas à négliger mais néanmoins le peu d’amertume et remords que laisse malgré tout une lutte même gagnée est significatif. Amertume qui vient du fait que le véritable combat a été, lui, perdu ! C’est celui de la sauvegarde de l’emploi.

Que l’on ne se méprenne pas, il est nullement dans mon propos de remettre en cause la prime proprement dit, mais de faire plusieurs remarques à son égard.

D’abord, force est de constater que le principe est particulièrement inégalitaire. En fonction de la dureté des rapports sociaux le montant va en être différent, voire parfois ridicule lorsque la contestation aura été tuée dans l’œuf par des méthodes plus ou moins avouables. Donc quand les licenciements se généralisent, car devenus une variable d’ajustement des bénéfices de beaucoup de sociétés, il serait bien que l’ensemble des salariés et syndicats luttent sur le même pied d’égalité. Déjà l’erreur des syndicats c’est d’avoir laissé faire et même favoriser la localisation de la revendication. Il est évident qu’une union plus générale aurait permis une véritable équité.

Ensuite, même si elle peut paraitre justifiée, cette manne qui semble avoir été arrachée dans la douleur était cependant prévue par le patronat qui sait pertinemment qu’il doit lâcher du lest pour arriver à ses fins. Je ne dirais pas que le temps mis pour céder fait partie du folklore, mais disons qu’il est de tradition de ne pas céder sur le champ à la revendication du salarié surtout que, dans ce cas là, cela permet de focaliser l’attention sur une demande précise faisant oublier le principal qui est le licenciement. En fait, on a l’impression d’avoir reporté une victoire qui en réalité était en partie prévue par le patronat. C’est bien d’avoir lutté car le patron n’aurait pas vu d’un mauvais œil de garder ce qu’il va donner, mais contrairement à ce que l’on peut croire, en définitive il s’était préparé à le donner malgré que cela lui fasse mal au cœur. Et pour tout dire, c’est le patron qui a gagné car il est arrivé à ses fins, le licenciement, et il y un après…

Si on prend l’exemple cité le plus souvent, 30 000 euros, c’est bien, je ne voudrais pas être rabat-joie, mais je sais par expérience que c’est vite dépensé. Il y a aussi, et surtout, que l’indemnité est encore acceptable dans les premiers temps, voire la première année, ensuite ça diminue considérablement pour finir en RSA. Et c’est le but de la manœuvre. Car il ne faut pas rêver, le chômage de masse a pour avantage d’étouffer les prétentions salariales, disons plus clairement que la menace de licenciement et la suppression des emplois vont aussi servir d’alibi pour ne pas augmenter les salaires, et même dans certains cas les diminuer. Comme la reprise économique ne sera pas là de sitôt, que le tissu industriel n’est plus, il ne faut pas espérer retrouver du travail dans un proche avenir. Par conséquence, beaucoup en fin de droits vont se tourner vers le RSA qui offrira des petit boulots sous-payés et dont les conditions seront celles dictées par le patron. Ce sera à prendre ou à laisser car ceux qui n’accepteront pas des conditions iniques et imposées verront leurs allocations disparaître. C’est la nouvelle précarisation de l’emploi qui va voir les entreprises décider unilatéralement des salaires, des horaires, de la flexibilité. C’en sera fini du code du travail. C’est pour cela que les patrons licencient à tour de bras pour avoir d’ici quelques années une main-d’œuvre taillable et corvéable à merci.

C’est d’autant plus flagrant que l’on assiste parallèlement, en délocalisant les usines, à un démantèlement programmé du tissu industriel. Ceci pour faire de la France un pays de service, un pays touristique, un pays à l’avant-garde de la prétendue croissance verte.

C’est ce que prétendent nos élus, en allant de ceux de UMP aux socialistes, pourtant, ils ne devraient pas tant ce réjouir car lorsque l’on analyse un tant soit peu ces arguments on s’aperçoit vite du vide sidéral de ces propositions.

Les services, avec une préférence annoncée pour les services à la personne qui entrent bien dans le cadre du multi-emploi flexible est assez limité en nombre, et s’ils n’ont pas atteint déjà la saturation en demandes cela se fera rapidement. Donc déjà ce genre de miroir aux alouettes n’est assurément pas une panacée.

Il en va de même du tourisme qui est avant tout saisonnier et par la même tributaire des conditions atmosphériques et surtout de la bonne santé de l’économie en générale, ce qui n’est pas le cas actuellement et d’autant plus que cela risque fort de perdurer. Effectivement, il ne faut pas être un expert patenté pour comprendre que beaucoup de gens se passent plus facilement de vacances que de certaines priorités comme la nourriture. Il est évident qu’en fonction de ce genre de critères on ne peut pas prévoir une masse salariale stable dans le tourisme, et qu’une fois de plus seront mis en avant la flexibilité et les CDD ; un atout en plus d’ailleurs pour les patrons qui embaucheront des gens voulant un complément à leurs RSA. Donc un emploi aléatoire qui malgré ce que pensent certains est trop fluctuant pour permettre une réelle stabilité économique.

La croissance verte, le mot salvateur est lâché. D’abord ceci est une option de société à long terme et qui contrairement à ce que l’on pense à du mal à se mettre en marche puisque ce sont les capitalistes qui détiennent les clefs de cette nouvelle manne et pour cela vont naturellement se tourner vers les pays où la main-d’œuvre est encore bon marché. En plus beaucoup de solutions qu’ils préconisent ne sont pas particulièrement écologiques comme les agro-carburants par exemple, on sent donc quelques réticences à une généralisation de certain concept à l’image de la bagnole électrique. Donc il est évident que si ce secteur doit apporter une reprise ce ne sera que d’ici quelques temps. Et alors on recréera des emplois dans l’industrie prétendue verte, comme la fabrication des ces nouvelles bagnoles, emplois qui ne seront alors régis que par les normes patronales, sous-payés, horaires importants pour avoir à peu près de quoi vivre, flexibilité, c’est le but de l’épuration actuelle de l’industrie traditionnelle.

Ce bilan est incomplet certes, mais il donne une vue d’ensemble sur un avenir qui n’est pas porteur véritablement d’espoir sur une embauche de masse. Pourtant il y a des solutions.

Il y en a une que j’effleurerai simplement car pour l’instant cela n’est pas encore mûr dans l’esprit de beaucoup de gens c’est le fait de ne plus raisonner en terme de croissance, mais en terme de bien-être, pour utiliser une formule sortant des sentiers battus. C’est-à-dire de déplacer nos priorités, recréer de l’emploi localement en diversifiant la fabrication. On ne parlera plus alors en termes de production mais de fabrication, ce qui sort les priorités sociétales du contexte productiviste mettant fin à son corolaire la recherche du profit. Néanmoins, si cela peut sembler un virage radical difficile à atteindre en un temps très court, il existe des solutions de transitions comme la remise en état de tout le réseau favorisant la « collectivisation » des transports. C’est un des exemples créateurs d’emplois dans un temps très court. D’un autre côté on peut envisager aussi d’augmenter le nombre de fonctionnaires car il y a beaucoup de demandes qui ne seront pas comblées dans divers domaines volontairement escamotés par manque de moyen alors qu’il suffirait de récupérer la masse monétaire importante du bouclier fiscale, pour ne citer que cet exemple.

Avant la révolution, qui sera en fait la seule solution, on pourrait suggérer plusieurs solutions d’urgences aux socialistes qui se targuent d’être la seule force d’opposition. Car si, déjà dans un premier temps, on augmentait l’impôt sur les grandes fortunes tout en baissant son seuil, on taxait les revenus boursiers et aussi on ne leur accordait qu’un revenu maxi aux alentours de 7 à 8% comme une sorte de placement d’épargne permettant ainsi de faire rentrer le surplus dans les recettes de l’état, de limiter les hauts salaires autour de la somme de 7 000 euros, rétablir les trente cinq heures sans diminution de salaires, interdire les licenciements, cela aurait un peu d’impact sur la sauvegarde du tissu social et économique, mais restant néanmoins qu’un rêve pieux puisque cela n’est même pas défini clairement dans le programme des socialistes, dont on se demande d’ailleurs s’ils en ont un, de programme. En réalité ils accompagnent le capitalisme en lui servant d’alibi social un peu comme le font aussi les grandes centrales syndicales. Comme ils ne sont pas anticapitalistes il ne vont pas préconiser ces solutions qui seraient pourtant un tremplin vers un changement radical de société. Mutations pourtant nécessaires pour la sauvegarde de la planète.

Bref, même ces quelques mesures de sauvegardes ne sont pas envisagées, au contraire on assiste à une casse sociale sans précédant. Licenciements à tout va, et surtout démantèlement du , les deux étant liés, sont les leitmotivs du pouvoir actuel. Dans le même ordre d’idées on diminue aussi considérablement le nombre de fonctionnaire et en plus on les "flexibilise" en détruisant du même coup la garantie de l’emploi. Ceux qui criaient haro sur les avantages des fonctionnaires et des agents de la SNCF se réjouissent devant de telles mesures qui les rendaient souvent jaloux, alors que ces imbéciles n’ont pas compris que c’était l’inverse qu’il fallait faire : c’est-à-dire aligner tout le monde sur ces deux exemples.

On en en est pas là, et avec la "précarisation" de l’emploi qui guette, par conséquence la priorité de la lutte doit aller à la protection de ce qui reste du code du travail et de l’emploi, la prime de licenciement n’étant que le dernier recours et sans doute une maigre consolation dans un avenir où la désagrégation sociale semble de plus en plus évidente.

Il faut s’unir d’abord à la base et sur les sujets premiers, quitte d’ailleurs à les radicaliser d’entrée car le coup de colère en fin de conflit ne fera que sursoir aux dégâts définitifs, afin d’empêcher le patronat d’arriver à ses fins, qui est de créer suffisamment de précarité pour détenir tous les leviers du pouvoir menant à une nouvelle forme d’esclavagisme.

http://le-ragondin-furieux.blog4ever.com


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Commentaires de l'article
Primes de licenciement, doit-on s’en réjouir ?
20 juillet 2009 - 14h01

Amertume qui vient du fait que le véritable combat a été, lui, perdu ! C’est celui de la sauvegarde de l’emploi.

Mais malheureusement pour nous, c’est le patron qui a le dernier mot. Ces primes de licenciements sont la preuve que l’entreprise à de l’argent, mais qu’elle veut en gagner encore plus en faisant l’impasse sur la qualité du produit et du bien-être des salariés. Le fric est devenu le "lait" et sa "mère" l’entreprise. C’est la notion "d’entreprise" qu’il faudrait changer pour que les travailleurs se rendent utiles à la collectivité et à eux-mêmes et que les patrons ne s’autorisent plus des "salaires" aussi scandaleux que ceux qu’ils s’octroient au mépris de la crise et surtout des salariés et chômeurs.



Primes de licenciement, doit-on s’en réjouir ?
20 juillet 2009 - 14h35 - Posté par momo11

Oui les capitalistes ont de l’argent (de plus en plus),oui les "primes" sont des pis aller.Oui les umps accompagnent les capitalistes en mutualisant les "pertes".Oui la révolution est necessaire pour ne pas aboutir a l’esclavage,qui prend tournure....momo11



Primes de licenciement, doit-on s’en réjouir ?
21 juillet 2009 - 22h44

Avant d’être mis au pied du mur par le patronat dans leur entreprise, les salariés gagneraient à exiger de nouveaux droits d’intervention dans les décisions de gestion de leur entreprise, leur outil de travail.

Droit de réunion sur le lieu de travail !

Si les salariés étaient informés et débattaient de ces questions (utilisation de la richesse créée par l’entreprise, investissements, emplois, etc...) entre eux lors de rencontres comptées sur leur temps de travail, le rapport au travail pourrait changer et être vécu comme un outil d’émancipation et non comme le tribut dû au patron, propriétaire devant l’éternel.

Et les dizaines de milliers de licenciements boursiers ou "en raison de la crise" annoncés aujourd’hui passeraient à la trappe... Mais on rêve là... Allez oui, on rêve.



Primes de licenciement, doit-on s’en réjouir ?
22 juillet 2009 - 08h29 - Posté par marie.lina

30000e c’est 2 ans et demi et après ?????????????????????????????????
Il faut leur faire rendre gorge , sinon on sera des sous_américains qui mendient leur sécu donc un peu de franglais :go home les néo-libéraux , tous enfermés avec des barbelés ,aux iles" caimans" marie.lina







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