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ITALIE : OPPORTUNISTES DE L’HISTOIRE

de : Enrico Campofreda
jeudi 11 janvier 2007 - 07h25 - Signaler aux modérateurs
2 commentaires
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de Enrico Campofreda traduit de l’italien par karl&rosa

Les journaux et nos oreilles sont pleins des divagations concernant l’Histoire au profit des tours de valse que font quelques politicards de ce qui fut la Gauche. Ainsi, quand D’Alema [ministre des Affaires étrangères, NdT] prend un ton doctoral et dit que Mussolini devait pas être exécuté, il affirme une absurdité historique et politique qui annule intentionnellement le climat du 25 avril et de la capture du chef du fascisme.

D’Alema est trop malin pour ne pas le savoir, il a été aussi l’un des derniers à fréquenter l’école du Parti [Communiste Italien, NdT] aux Frattocchie [localité des environs de Rome, NdT], mais il force et instrumentalise à son profit très personnel aussi bien pour débarasser sa personne de la dernière poussière « communiste » en se déguisant en bon enfant, jusqu’ici un rôle sur mesure pour Veltroni [maire actuel de Rome, NdT]. Cette boutade astucieuse – qu’il y croit ou non – lui donnera des chances pour ses recyclages politiques futurs. A l’ombre, le cas échéant, d’une social-démocratie spectrale sans même plus un fil de socialisme ni de socialité.

Piero Sansonetti [directeur du quotidien Liberazione, proche du Parti de la Refondation communiste, NdR], au contraire, est difficile à comprendre. En récitant il y a quelques jours la même litanie sur la fin du duce, il fait le chantre et le pisteur pour de nouvelles idées libéral communistes du Grand Chef du Parti – qui, même de sa chaise à haut dossier de Montecitorio [siège de la Chambre des Députés, NdT] reste le sous commandant Fausto – basées sur de futurs raccourcis électoraux sur la non violence. Ou bien il cherche, pas des idioties pareilles, une crédibilité électorale que Liberazione ne lui fournit plus. Partir de la pendaison de Saddam et la comparer à l’exécution sommaire de Mussolini est un non sens que seulement des visionnaires, superficiels ou nostalgiques peuvent exprimer. Cela, peut le faire sa petite-fille Alessandra, à court de visibilité après la marginalisation subie par tous ses compères ministériels ou cogneurs irréductibles. Cela peut être fait par le journalisme chiffonnier de Feltri [directeur de Libero, journal de droite, NdT] ou ce stal de Ferrara [directeur de Il Foglio, journal de droite, NdT]. Peut-être même le révisionnisme historique ne l’a-t-il pas fait.

Sortir l’Histoire de son contexte est toujours une opération aveugle et insensée. Naturellement, on aurait pu faire un procès au responsable de 23 ans de crimes italiens institutionnalisés au risque de le voir échapper au procès comme il était arrivé à filer de Milan assiégé par les forces de la Résistance, aidé par les agents secrets de son admirateur Churchill et des milieux fréquentés par le cardinal Schuster. Les partisans des Brigades Garibaldi de Côme qui heureusement l’interceptèrent, déguisé tragi comiquement en soldat de la Wehrmacht, décidèrent que pour lui l’heure était arrivée de payer une addition politique longue de plus de vingt ans. Ils le firent pour la Résistance toute entière et pour le peuple italien antifasciste qui ne leur contesta rien. Ni tout de suite, ni plus tard. Prirent-ils des ordres du CLNAI [Comité de Libération Nationale de l’Italie du Nord, NdT] ? De Longo ou de Secchia ? Il importe peu de le savoir. Cela peut importer du point de vue de l’entêtement documentaire, pas sur le plan politique. Et pas sur le plan militaire non plus. Parce que, Audisio ou un autre, celui qui avait appuyé sur la gâchette pouvait être livré à des vengeances posthumes. Pas que des vengeances militaires, si nous pensons aux persécutions juridiques contre les partisans qui firent surface dans la République antifasciste née de la Résistance dès que le gouvernement Parri fut sacrifié à la Realpolitik d’après guerre. On aurait pu le savoir, le cas échéant, dans les années suivantes, mais la guerre froide entraîna jusqu’aux années soixante autant de « mystères ». Et le temps a balayé, avec les protagonistes et les témoins, la vérité des faits.

L’exposition à Piazzale Loreto des cadavres des dirigeants fascistes et leur abandon dans un coin « à la manière fasciste » comme les corps des martyrs du 10 août 1944 fut sans doute un geste fou, dicté plutôt par la rage et l’excitation du moment que par le jugement politique. L’exhibition de la mort n’appartenait ni à la culture de la Résistance ni à celle du communisme de chez nous. Si quelques garibaldiens se salirent d’ « infamies » il ne s’agit pas d’épisodes fréquents. Les tueries de Porzus sont sûrement plus graves que les « entorses » faites par les rouges comme le Fenoglio, loin de l’orthodoxie sanctificatrice, le raconte dans ses merveilleux romans. Mais il s’agit là d’un cas sui generis, interne au climat insurrectionnel particulier à cause de la VII fédérative de Tito qu’on vivait au Frioul. Innombrables, au contraire, les massacres nazis fascistes pendant les mois lugubres de la République Sociale dans une terre que Pavolini, Graziani, Borghese et autres Buffarini Guidi – même plus que le déjà cadavérique Mussolini – voulaient mouillée de sang italien.

Sofri, en parlant de tyrannicide le 2 janvier dernier dans « La Repubblica » rappelait avec les yeux d’Useppe, le personnage d’Elsa Morante, les corps pendouillant, peut-être à Turin, où agissait le fédéral Solaro, passé lui aussi par les armes pendant la Libération et revendiqué par les pleureuses vulgaires et tardives de Pansa. Ou ceux de Padoue, ou ceux qui flottaient dans le delta du Pô avec l’écriteau « Partisans » des séquences inoubliables de « Paisà ». Ou encore les corps narrés par Vittorini dans « Hommes et non » qui font comprendre même à ceux qui ne les vécurent pas et n’eurent pas les récits de ceux qui y étaient ce que furent les vingt mois de massacre de la vie que le Mussolini du dernier acte voulut dans son final et damné sursaut de violence. Qui ne justifie jamais l’horreur de son gros crâne et des cadavres des ennemis, même si c’étaient des fascistes haïs, à Piazzale Loreto. Mais il fait comprendre la folie forcenée du moment. Et qui établit comme fatalement juste la fin du satrape.

Il n’y avait pas seulement cinq morts au Largo Augusto : il y en avait d’autres sur le trottoir d’en face ; et il y en avait quatre sur le corso di Porta Vittoria ;il y en avait sept sur la piazza delle Cinque Giornate, aux pieds du monument. Des écriteaux disaient derrière chaque rangée de morts : Passés par les armes. Ils ne disaient rien d’autre, les journaux non plus ne disaient rien d’autre, et parmi les morts il y avait deux garçons de quinze ans. Il y avait une fillette aussi, il y avait deux femmes et un vieillard à la barbe blanche. Les gens allaient du largo Augusto et du corso di Porta Vittoria jusqu’à la piazza delle Cinque Giornate, voyaient les morts au soleil sur un trottoir, les morts à l’ombre sur un autre trottoir, puis les morts sur le corso, les morts sous le monument, et n’avaient rien besoin de savoir d’autre. Ils regardaient les visages morts, les pieds nus, les pieds dans les chaussures, ils regardaient les mots des écriteaux, ils regardaient les têtes de morts avec les tibias croisés sur les bérets des hommes de garde, et il semblait qu’ils comprenaient tout… »


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Commentaires de l'article
ITALIE : OPPORTUNISTES DE L’HISTOIRE
12 janvier 2007 - 09h04

Chaque année, les Garibaldiens fêtent le 25 avril.
C’est un moment de joie et de souvenirs pour les anciens qui ont vécu ce jour et un moment de respect et de remerciement pour les nouvelles générations envers les anciens.
Ce qui est fêté ce jour là c’est la libération de l’Italie et surtout la fin de l’horreur de la guerre. La fin de Mussolini et de sa chérie se conprenne parfaitement, d’une part par l’ambiance d’une fin de conflit et d’autre part par la terreur qu’a fait régner pendant de nombreuses années le Duce.
Mon pére me parlait souvent de la condamnation à mort de mon grand-père par Mussolini, et cela 60 ans après. Il y a des choses qu’il est difficile de pardonner.
Mais, il n’y a pas de fierté non plus à pendre un homme et une femme, c’est une fin que je trouve très logique pur une ordure pareil, mais il n’y a pas de gloire non plus.
En tout cas, ils ont été pendu par des hommes et des femmes en colères contre lui, des Italiens, des Garibaldiens, bref le peuple, et pendu dans le feu de l’action.
Rien à voir par exemple avec la pendaison de Saddam Hussein qui a été pendu à des fins politiques par des politiques et organisée à distance par des grandes puissances.
Rien à voir non plus avec la mort de Milosevic.

La mort de Mussolini, c’est uniquement l’histoire des hommes.
Et aujourd’hui, ces hommes politiques qui veulent sous couvert de popularité pratiquer une forme de négationnisme, ces hommes là qui ont une vraie connaissance de l’hisoire sont méprisables.
Les Garibaldiens



ITALIE : OPPORTUNISTES DE L’HISTOIRE
12 janvier 2007 - 19h30 - Posté par

D’Alema... Son nom evoque toujours cette scene du film de Nanni Moretti (Aprile). Moretti et sa maman regardent a la tele un debat televise opposant Berlusconi a D’Alema. D’Alema, timore, centriste, calculateur, antipathique, se fait tailler en pieces par Berlusconi. Exaspere, Moretti finit par crier en direction du televiseur : "Mais D’Alema, dis au moins quelque chose de gauche !"
D’Alema incarne mieux que tout autre le sabordage de la gauche italienne et de ces DS, le parti le plus blairiste en Europe.






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