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Hakim Ajimi, de l’incident banal à la violence meurtrière

de : Charles Hoareau
mardi 10 janvier 2012 - 02h04 - Signaler aux modérateurs
2 commentaires
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Samedi 7 janvier à Grasse avait lieu une manifestation en soutien à la famille Adjimi, à quelques jours du procès qui doit se tenir dans cette même ville du 16 au 20 janvier prochain.

C’est au départ une banale histoire d’engueulade entre un homme et son banquier. L’histoire d’un chômeur à qui les allocations n’ont pas été versées depuis deux mois et qui ne peut retirer de l’argent à la banque. L’homme s’emporte, s’en prend verbalement au directeur de la banque et finit par s’en aller en claquant la porte.
Cela aurait pu et du en rester là, et nous n’en parlerions même pas.

Mais non. Le client parti, le directeur de la banque a appelé la police pour signaler l’incident. Elle aurait pu dire : « on va le convoquer et avoir une explication avec lui ». Elle aurait pu alors le mettre en garde, lui dire qu’il y a des propos à ne pas tenir, que le banquier n’y était pour rien…etc. L’homme se serait alors sans doute excusé, n’étant pas un habitué des tribunaux et ne voulant pas noircir un casier judiciaire encore vierge. Il serait peut être même allé voir son banquier qu’il connait pour renouveler ses excuses.
Et cela en serait resté là et nous n’en parlerions pas.

Mais non. La police qui connaissait Hakim (Grasse est une petite ville) a répondu qu’elle envoyait deux policiers de la BAC [1] (pour quel crime ?) et qu’ils allaient le rattraper sur le chemin du retour à son domicile. Arrivés à sa hauteur, ils auraient pu engager la discussion sur le trottoir, lui demander des explications, le sermonner s’ils le jugeaient utile.

Et cela en serait resté là et nous n’en parlerions pas.

Mais non. Ils lui donnent l’ordre de les suivre au poste et l’empoignent. Là hakim, dont on peut imaginer sans peine à quel point il est déjà dépité et en colère de ne pas avoir pu encaisser ses sous, refuse et se débat « non pour donner des coups mais pour sortir de l’emprise » dira l’un des policiers. Les 3 hommes tombent à terre. D’autres policiers (municipaux cette fois-ci) arrivent, Hakim est étendu face contre terre, il est menotté aux mains et aux pieds et 3 hommes sont sur lui.
Cela aurait pu et du en rester là.
La presse locale aurait peut être alors fait un entrefilet sur une interpellation musclée suite à une altercation banale et sur une histoire de compte bancaire vide pour cause de retard dans le versement des allocations chômage.

Mais non. Alors qu’il est maintenu allongé et entravé aux 4 membres, que 3 hommes sont sur lui, l’un des 3 lui fait une de ces clés d’étranglement, interdite dans d’autres pays, et qui a valu à la France sa condamnation par la Cour Européenne de Justice. L’auteur se justifiera ensuite en disant « j’ai fait une prise genre clé d’étranglement, mais je n’étais pas à fond »(sic !). Dans le même temps, Hakim reçoit des coups. Combien ? Combien de temps ? Les témoignages varient, mais les policiers eux-mêmes admettent que Hakim est resté ainsi au sol 10mn. 10 mn dans cette situation ? Vous avez bien lu.

Un témoin, Ludovic Gérard, raconte : « Il était à terre. Ils étaient trois sur lui. Un policier lui faisait une pression sur la colonne vertébrale avec son genou. Un autre l’étouffait avec son bras. Il avait les mains menottées sous le torse. Il était violet, il demandait à respirer. Il a pris deux coups de poing, deux bonnes pastèques. J’ai dit aux policiers : "Vous l’avez maîtrisé, il n’y a pas besoin de plus." » Ludovic Gérard finira au poste, menotté, pour avoir voulu s’interposer. « Là, assure-t-il, au bout d’une demi-heure, une policière affolée demande de l’aide : il venait de faire un arrêt cardiaque. »

A 16 h 30, Hakim est déclaré mort.

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Sur les murs un dessin de l’interpellation

Entre temps un camion de pompiers s’est bien rendu sur le lieu de l’interpellation au centre ville de Grasse. En vain. Les policiers leur ont demandé d’embarquer un collègue blessé, mais pas Hakim…

On était en mai 2008 et depuis cette date la famille se bat d’audience en audience, avec les juges, les procureurs et le ministère de l’intérieur pour que les faits soient regardés avec le maximum d’objectivité, qu’il y ait une vraie justice. Ce samedi à Grasse, des délégations venues de Paris, de Lyon, du Var et des Bouches du Rhône étaient venus dire à la famille, aux amis d’Hakim et aux habitants de Grasse et sa région qu’ils étaient à leurs côtés dans ce combat.

Et comment ne pas faire le parallèle, pour ne citer qu’un exemple, avec Ali Ziri, 69 ans, mort à Argenteuil en juin 2009 lors d’une interpellation suite à un contrôle routier et pour lequel un non lieu vient d’être prononcé [2] ?
Comment ne pas faire le lien les autres personnes mortes lors d’interpellations, tous les cas de brutalités policières rapportées et qui concernent neuf fois sur dix des habitants de France au faciès africain du nord au sud ?

La France, donneuse de leçon de démocratie au monde entier, n’arrive pas à regarder en face les atteintes au droit et les discriminations dont elle se rend coupable sur son propre territoire. Le représentant d’Amnesty International l’a d’ailleurs rappelé à sa manière lors des prises de parole qui ont eu lieu en citant 5 cas de décès lors d’interpellations.

Samedi le comité de soutien, qui appelle à la mobilisation pendant le procès et en particulier le 20, jour du verdict, a tenu à dire que son but ce n’était pas de faire le procès de la police en général, mais le procès de ces policiers là [3], de ces évènements là, de cet enchainement de comportements tour à tour revanchards, inutilement provocateurs, brutaux qui ont transformé un banal incident en une tragédie qui a vu la mort d’un jeune de 22 ans.

Post Scriptum :

Pour toutes informations sur la mobilisation pendant le procès contacter Rouge Midi.

[1] Brigade Anti Criminalité

[2] Pour hakim aussi un non-lieu avait d’abord été prononcé. Il a été cassé par la cour d’appel d’Aix

[3] 7 policiers comparaissent en correctionnelle. Deux pour homicide involontaire et 5 pour non assistance à personne en péril

http://www.rougemidi.fr/spip.php?ar...


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Commentaires de l'article
Hakim Ajimi, de l’incident banal à la violence meurtrière
10 janvier 2012 - 07h33

Comment aujourd’hui pourrait-on faire confiance en la police, la gendarmerie ou la justice puisque tout ces gens on une formation a la pinochet.

Mort aux vaches.

Varenne



Hakim Ajimi, de l’incident banal à la violence meurtrière
10 janvier 2012 - 12h56 - Posté par Roberto Ferrario

une formation a la pinochet

Varenne je te conseille vivement de regarder le film de Marie Monique Robin "ESCADRONS DE LA MORT" et tu va comprendre que le rôles sont inverse, Pinochet n’a rient enseigne mais a appris...


http://fr.wikipedia.org/wiki/Escadr...

Enquête

Dans le cadre de son enquête, Robin a notamment effectué un ensemble d’entretiens avec des militaires français, américains et latino-américains (dont le général Paul Aussaresses, le colonel Charles Lacheroy, l’ex-chef de la DINA chilienne Manuel Contreras, des anciens membres de l’OAS, le général argentin Albano Harguindéguy, le général Bignone, le général Díaz Bessone - diffusé en Argentine, cet entretien provoquera une « commotion nationale », selon le journaliste Horacio Verbitsky, qui explique que « C’est la première fois qu’un général de la junte reconnaît l’existence des disparus, et surtout c’est la première fois que l’un d’eux admet que la disparition fut une technique de guerre programmée et planifiée1 » ; Bessone a été à la suite de cela traduit devant un Conseil de guerre2, etc.). Elle a aussi eu des entretiens avec un certain de nombre de journalistes travaillant sur les dictatures en Amérique latine et l’opération Condor, ainsi qu’avec des membres du MIR, des anciens de la DST tels Alain Montarrat, ou Yacef Saâdi du FLN.

Elle montre ainsi comment les méthodes employées par l’armée française pendant la guerre d’Algérie, en particulier pendant la bataille d’Alger, ont ensuite été enseignées aux Etats-Unis et en Amérique du Sud (à Fort Bragg, au Centre d’instruction de la guerre dans la jungle de Manaus au Brésil).

Accord de coopération militaire entre Paris et Buenos Aires

En outre, elle dévoile l’existence d’un accord de coopération militaire secret entre la France et l’Argentine, qui établit une mission militaire de 1960 à 1981 à Buenos Aires. Suite à cette découverte, elle interroge Pierre Messmer, nommé Ministre des Armées au moment de la signature de l’accord, qui créé une « mission permanente d’assesseurs militaires en Argentine », qui lui dit :

« C’est le général De Gaulle lui-même qui avait décidé qu’il y aurait une mission, sur la proposition du ministre des Affaires étrangères. Cela dit, déjà avant la Seconde Guerre mondiale, les missions militaires françaises en Amérique du Sud étaient assez nombreuses. Il y en avait une au Brésil, en Colombie, au Venezuela. C’était une tradition. Les États-Unis n’avaient pas encore, à ce moment-là, mis la main sur l’instruction et la fourniture de matériel aux armées sud-américaines. Mais en 1960, je pense que l’Argentine était surtout intéressée par l’expérience de la France dans le domaine de la guerre révolutionnaire justement3 »

Programme Phoenix

Selon un entretien du colonel américain Carl Bernard avec Robin, c’est à partir d’un résumé du livre, non encore publié, du colonel Roger Trinquier, La guerre moderne, effectué par Paul Aussaresses et C. Bernard, que Robert Komer, un agent de la CIA qui deviendra l’un des conseillers du président Lyndon Johnson pour la guerre du Viêt-nam, « a conçu l’opération Phénix, qui est en fait une copie de la bataille d’Alger appliquée à tout le Viêt-nam du Sud. (...) Pour cela, on retournait des prisonniers, puis on les mettait dans des commandos, dirigés par des agents de la CIA ou par des bérets verts, qui agissaient exactement comme l’escadron de la mort de Paul Aussaresses4. »






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