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Affaire Teresa Lewis : l’euthanasie d’une handicapée mentale, indigente et sans soutien littéraire

de : himalove
jeudi 30 septembre 2010 - 11h09 - Signaler aux modérateurs

Dans la confrontation macabre qui oppose l’Iran à l’Amérique, ces derniers ont perdu le match de l’Homme civilisé.

Tandis que les juges iraniens graciaient Sakhinet, vouée à une ignoble lapidation, leurs homologues américains exécutaient Teresa Lewis, une « déficiente mentale de 41 ans », le 23 septembre 2010, à 21 heures 13, au pénitentier de Jarrat.

C’est l’état de Virginie où il y a peine cinquante ans le Ku Klux Klan lynchait les Noirs publiquement qui a propulsé l’Amérique de Barack Obama sur le podium de la Barbarie.

Les États-Unis qui ne manquent jamais de donner des leçons de féminisme affirme ici le dédain de leurs propres valeurs.

Et on tuera toutes les affreuses...

Jusqu’à présent, il n’y avait que le régime nazi qui euthanasiait les débiles et les femmes laides.

« C’est le meurtre le plus prémédité qu’on puisse trouver sur cette Planète » déclare Claire Hogenauer, une juriste à la retraite, vivant à New York.

Une bande de sauvages, sortis droit d’un roman de Tennessee Williams ou de William Faulkner, semble avoir jugé et lynché un laideron de province ! 

Tel est le sentiment qu’éprouve l’honnête femme, en lisant les attendus du verdict et les procès-verbaux, fort mal écrits, relatifs au cas Teresa Lewis.

Une pauvre femme dont le seul acte criminel est de laisser ouverte, en octobre 2002, la porte de la caravane où elle végètait avec son mari alcoolique et son beau-fils, un militaire en permission.

Les assassins, des jeunes nourris de violences télévisuelles, profite de la négligence, peut-être, volontaire, pour s’y engouffrer et assassiner, de sang froid, deux personnes.

Dés le début des investigations, un parfum misogyne enveloppe l’affaire et le visage ingrat de Teresa, la survivante, attire injures et quolibets.

En dépit d’une altération certaine du discernement, cependant difficile à mettre en relief dans un pays complètement boursouflé par la bêtise, Teresa est présentée par l’attorney, responsable de l’instruction, comme « la tête de serpent d’un trio diabolique ».

« Une mauvaise mère qui livre sa fille de 16 ans à son amant ; une mauvaise épouse qui manigance la mort de son mari et beau-fils pour de l’argent. »

Le contexte politique de l’époque est, sans doute, pour quelque chose dans cette hystérie grandiose.

Le mobile du crime - s’emparer de l’assurance-vie d’un jeune soldat – paraît au moment où les États-Unis décrètent le « Patriot Act » et envahissent l’Irak comme insupportable à la plupart des mâles dégénérés de Greensville.

La procédure judiciaire engagée contre « le gang de l’affreuse » est dés lors on ne peut plus expéditive.

Le sort des trois « Born to kill » est scellé par une négociation dont la police et la justice américaines gardent le secret : un « plaidé coupable » qui distribue les rôles de chacun et fait l’économie d’un procès.

A peine un an séparent les faits du résultat judiciaire.

Perpétuité pour les deux jeunes tueurs, âgés respectivement, au moment des faits, de 19 et 22 ans, et peine de mort assurée, à une date à définir ultérieurement, pour l’épouse machiavélique.

Pourtant, peu après, un des assassins revient sur les aveux, obtenus à coups de ceinturon, et disculpe, avant de se suicider dans les dures prisons du comté, Teresa Lewis, confirmant le point de vue des médecins.

En substance, il écrit : « Teresa est une femme très influençable, incapable d’organiser quoi que ce soit hormis, peut-être, sa propre exécution car elle a signé un papier aberrant qui autorise l’État de l’exécuter, sans procès. »

Dans nos sociétés civilisées, « la faiblesse d’esprit » relativise les aveux et détermine les frontières de la responsabilité pénale.

L’article 64 du code de procédure, en France, stipule, par exemple, que l’inculpé doit être « considéré comme responsable de ses actes, sain d’esprit, au moment des faits » pour être jugé et pleinement condamné.

Des psychiatres sont dépêchés par le Parquet, auprès de l’inculpé, pour évaluer son état psychique et ses capacités de raisonnement.

Aux États-Unis, il semble que, pour les économiquement faibles, une simple mesure du Quotient intellectuel suffise (1).

Moins de 70 de quotient intellectuel, sur une échelle arbitraire dont beaucoup questionnent la validité, et vous évitez – quelque soit votre crime ou délit – la peine capitale.

Plus de 70 et on vous assassine comme Teresa Lewis, après de longues années de tortures, psychologique et physique, au bout d’un couloir...

« La procédure juridique dite du plaidé coupable (2), fondée sur la religion des aveux, qui élude tout débat contradictoire, est responsable de cette immense gâchis » conclurait un avocat qui accepterait de défendre une indigente – un comble à Wall Street.

Le libéralisme économique, avec sa logique budgétaire, laisse la place au pire en matière de justice : aveux extorqués, corruption généralisée, irréversibilité des décisions, procès bâclés et prisons, administrés par des entreprises privées.

Un système basé sur le meurtre des plus faibles et l’emprisonnement des classes dangereuses

En fait, le meilleur QI qui puisse vous sauver, aux États-Unis, d’un destin comme celui de Teresa Lewis, c’est l’appartenance à la classe dominante.

Jamais un délinquant financier ne signe un « plaidé coupable » s’il ne lui est pas favorable.

Le cas de l’escroc Madof est l’exception qui confirme une règle : il n’y a pas de banquiers ou pétroliers véreux qui peuplent les colonies pénitentiaires.

Les seuls qui y viennent sont les propriétaires des lieux ou ceux qui font travailler une main d’œuvre bon marché et servile.

L’archipel du goulag américain compte quelque 2 millions 500 milles âmes (3)...

Les peines qui dépassent l’espérance de vie des prisonniers autorisent des sociétés comme Colgate, Microsoft, etc. qui ont investi dans les pénitenciers privés, à planifier des profits infinis.

On peut trouver, aujourd’hui, des rescapés de la Kolyma mais des bagnes climatisés américains, aucun !

Pourquoi un tel silence sur un système qui, à bien des égards, ressemble aux prisons usines chinoises ?

Les écrivains, qui pourraient raconter, avec minutie et talent, la journée d’un bagnard américain, à la manière d’Alexandre Soljenitsine, purgent encore leur peine et travaillent pour Bil Gates.

HIMALOVE


1.La Cours suprême des États-Unis interdit, seulement depuis 2002, l’exécution de condamnés présentant un retard mental.

2. Concept juridique qui fleure bon l’asservissement volontaire du citoyen et la toute-puissance de l’autorité publique, la formule du « plaidé coupable » a fait récemment son apparition, dans les prétoires, commissariats, gendarmeries, en France.

3.La république populaire de Chine compte, à ce jour, 1 million 600 milles prisonniers pour une population de 1 milliard et demi d’habitants ; la Russie, 900 milles...


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